Boulots à la con...

  • Auteur de la discussion Auteur de la discussion panerai
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La vraie difficulté est dans l’approvisionnement (ou la restauration) des pièces malades, désassembler puis recomposer reste le plus facile de l'aventure.
la pièce la plus critique a priori reste le maneton, notamment s'il est marqué ou s'il y a des criques. Pour les bielles, je n'ai aucune idée de l'état. Les rouleaux se trouvent assez facilement. Le maneton peut être refait (et traité). Il y a une entreprise en Dordogne de mémoire qui fait de la restauration moto qui les refabrique/les fait refabriquer.
On est pas sur les performances ou les régimes d'une 750 GT non plus !
C'est un moteur de René Gillet G1
 
Magnifique travail et superbe reportage !!!

On connaît les raisons de la casse ? Serrage inapproprié ?
 
On connaît les raisons de la casse ? Serrage inapproprié ?
Le client m'a dit avoir "retrouvé" sa fourche comme ça après des mois sans y avoir touché (mais oui il y a des chance qu'un serrage de mécanicien poids lourd soit à l'origine de ça)
 
Pour du boulot à la con, c'est de l'art je trouve!
Souder l'aluminium, je n'y suis (presque) jamais parvenu. Et l'usinage fait après, est de toute beauté!
Et oui, les étaux Gressel c'est du bon...
 
Très belle réparation, très bien exécutée.

Une question tout de même : la pièce cassée a de toute évidence été usinée par le constructeur.

La probabilité d'un aluminium type 2017 ( très difficilement soudable) est donc assez élevée.

Comment savoir de manière certaine que cet aluminium était soudable au préalable ?

A priori oui, mais on ne le sait postérieurement.

Ce qui pose la difficulté de s'engager sur un boulot incertain ...

Après on peut faire une analyse EDX ou équivalent mais ça coute très cher.
 
Vous avez 100% raison, c'est clairement du 2017 à grand minima, voir du 7075 = les deux ne sont pas soudable !
Maintenant pour l'avoir déjà beaucoup pratiqué, une chose en ressort, lorsque ladite pièce "non soudable" est suffisamment petite pour être "recuite" à cœur dans sa totalité (lors de la soudure), elle perd ses propriétés mécanique et se transforme de manière uniforme en un simili "5000 quelque chose" (d'AG3 à 5 au doigt mouillé)
Les pieds de fourche de moto de série (ce qui n'est pas le cas là) sont des pièces de fonderie à la dureté très discutable (clairement soudable), très loin question résistance des pièces CNC en 7075.. ceci étant ils n'ont pas le moindre souci de solidité pour autant (c'est moins noble certes)
Le postulat est donc le suivant : la résistance résiduelle est amplement suffisante. (j'insiste sur le fait que cette réparation n'a rien d'une première chez nous..)

Kcnarf.
 
Bonjour

Attention à ne pas limiter la soudabilite metallurgique aux limites elastique et à la rupture et a l'absence de crique après soudage (fissuration dite "à chaud".)

Dans le cas des 2017, 7075 et 7049 le risque est ulterieur au soudage. Et non diagnosticable par controle non destructif (ni même destructif sur echantillon martyr.) Ceci parce que cet alliage devient sensible à la corrosion sous contrainte. En termes plus triviaux, "c'est le travail de la piece qui va faire pourrir la matière."

Lorsqu'on porte ces alliages à haute temperature, le cuivre qu'ils contiennent à tendance à s'accumuler aux joints de grains. C'est un phénomène metallurgique connu des soudeurs appelé segregation. Carricaturellement localement l'alliage ressemble à un composite avec des grains de metal resistant enrobés de fines lamelles de cuivre. Des micro-fissures peuvent apparaître aux joints de grains dans la ZAT. ZAT, c'est important. Dans la zone fondue, on pourrait essayer de modifier la composition du metal d'apport. Dans la ZAT, on subit sans pouvoir agir. Ces microfissures à leur naissance ne sont pas très dangereuses car très locales

Mais elles peuvent se propager en service par phénomène de fatique et provoquer la rupture de la piece même soumise à des contraintes calculees moyennes (macroscopiques) relativement faibles. Il est facile d'imaginer qu'au fur et à mesure que la fissure de fatigue progresse, la section réelle soumise à l'effort diminue.

Contrainte = Force / section réelle.

A un moment, la section utile a tellement diminué que la contrainte locale depasse la valeur de la limite à la rupture.

La piece se rompt.

C'est dommage parce que du point de vue operatoire ce travail a été conduit de main de maître. Le résultat est magnifique. J'ai usiné et soudé pas mal de pieces critiques. Mais ça j'ai toujours refusé de le faire. Non pas parce que je sais que ça cassera, mais parce que je ne sais pas si ça tiendra

Si j'avais fait ce travail que je considere comme du super boulot sur le plan operatoire je réserverais cette piece à un "show-bike" (becane d'exposition) pour eviter tout risque.

Cela dit, un de mes amis soude de l'AU4G pour des pieces de motos de course depuis des annees malgré mes mises en garde. Il ne semble avoir jamais connu la moindre avarie jusquà présent.

Un risque existe. Il est possible qu'une defaillance se produise. Quand et avec quelle probabilité ? Je ne sais pas. Ça sort de mes competences.
 
Dernière édition:
@panerai , souder du non soudable et obtenir un résultat aussi satisfaisant confirme votre maîtrise de la soudure sur l'aluminium ; toutes mes félicitations !

Souvent on ne retouche pas, par usinage ou réagreage, les soudures sur l'aluminium afin de limiter le risque de fissure. Vous faites un traitement thermique de détente avant usinage ?

@copeaudacier , je partage à 100% votre analyse métallurgique. Disons que des fois ça fonctionne et on se demande pourquoi ... Le risque de ruine en fatigue est réel, mais la pièce va telle voir suffisamment de cycles pour que la ruine arrive rapidement, et soit assimilable à la réparation elle-même, où à l'utilisation intensive d'une pièce de compétition ; vaste débat ...

@serge 91 , oui la pièce est foutue et donc on ne risque rien à essayer. C'est plus au niveau de l'engagement de résultat du professionnel vis-à-vis de son client que ça m'interrogeait. Panerai a répondu : ils ont l'habitude de souder du normalement pas soudable : le talent en fait !

Très beau sujet et merci du partage !
 
+1 avec Copeaudacier !
Perso il y a des travaux que je ne ferai jamais, ceux qui présentent de tels enjeux de sécurité !
Sur une fourche avec les pets que cela se prend a grande vitesse...

Super taf au demeurant.
 
Il est facile d'imaginer qu'au fur et à mesure que la fissure de fatigue progresse, la section réelle soumise à l'effort diminue.
Oui. Mais en plus de la réduction de section, le phénomène "dévastateur" est lié à la concentration de contrainte en extrémité de fissure une fois amorcée :


+++++
 
Carricaturellement localement l'alliage ressemble à un composite avec des grains de metal resistant enrobés de fines lamelles de cuivre.
Exact. Le verre évoqué échappe à ce phénomène amorcé par la dislocation, car amorphe (non cristallin), mais pas aux effets de concentration de contraintes "purement" géométriques.
 

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