Restauration d'une montre à secondes indépendantes

orlogeur
Nouveau
21 Août 2015
20
Lozère
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  • #1
Bonjour à tou.te.s!

Je vous propose un petit reportage photo de la restauration d'une montre à secondes indépendantes, pensant que ça fera plaisir aux pasionné.e.s et amateurs du forum.

Petit rappel technique pour les puristes : on parle de secondes indépendantes lorsque qu'un rouage spécial (avec barillet) est utilisé pour afficher la seconde (il se termine souvent, comme c'est le cas ici, par un pignon portant un doigt qui vient dans les ailes du pignon d'échappement et qui fait un tour complet dès qu'il "ripe" de l'aile du pignon d'échappement). On parle de secondes mortes lorsqu'il n'y a pas de barillet supplémentaire mais une combine qui fait bouger le rouage qu'une fois par seconde (via l'échappement notamment, cf échappement Jacot).
Elle dispose d'un mécanisme de stop-seconde (qui en fait un chronographe primitif) qui s'actionne en appuyant sur le bouton au-dessus de la couronne.

Voici la bête :






Les plus observateurs remarqueront que quelque chose ne va pas.


Description de la montre :

Il s'agit d'une montre de bonne facture de la fin du XIXème siècle. On remarque un système de remontage double : lorsqu'on tourne la couronne dans un sens on remonte le mouvement, lorsqu'on la tourne dans l'autre sens on remonte la seconde indépendante. Il n'y a donc pas de denture Bréguet sur les pignons coulant et de remontage :


La finition de l'ancre est assez impressionnante :


Une fois démontée :


Le problème initial était la casse du pivot de secondes indépendantes. Lors du démontage je m'aperçus qu'il manquait un doigt d'arrêtage (celui du barillet de secondes) et que le dispositif de stop-seconde avait été bricolé et n'était plus fonctionnel (mais s'il l'avait été une restauration s'imposait, cf plus bas).


Replantage du pivot de secondes indépendantes

La première étape fut la prise de côte du trou de la pierre de seconde et du trou du canon de l'aiguille de seconde pour pouvoir redimensionner le pivot manquant :




Ensuite il fallu fabriquer ledit pivot. Sa géométrie étant assez complexe (environ 0.25mm de diamètre sur 6.5mm de long), je partis dans de l'acier trempé revenu et l'usinai par tranche d'un peu plus de 2mm de long pour toujours travailler assez proche de la pince et ne pas risqué de le casser :


La roue de seconde n'ayant pas de portées sur laquelle je pusse la serrer, je dus fabriquer un posage pour venir la tenir en vue de percer l'axe. J'en fis un avec chambrage du diamètre de tête de la roue (qui rentrait donc sans jeu dedans) et le fendis pour pouvoir la serrer légèrement. Le serrage étant très faible et agissant sur toutes les dents, celles-ci ne craignaient rien.




Finalement, avant le perçage du pivot, une contre-pointe fut installée pour garantir une bonne concentricité. Il s'agit d'un dispositif fabriqué par Luc Monnet, en fait une plaque de Cupro-Bérilium fixée sur un support guidé sur le banc du tour. Il faut donc percer la plaque au diamètre voulu (celui dans lequel le pivot est replanté), en tenant le foret en pince dans la poupée pour une concentricité impeccable :


La roue dans son posage et guidée à son extrémité :


Le trou peut finalement être pointé et percé :


Et le pivot chassé, à la contre-poupée pour qu'il soit bien droit :


Et voilà :
 
orlogeur
Nouveau
21 Août 2015
20
Lozère
  • Auteur de la discussion
  • #2
Fabrication du doigt d'arrêtage

Le doigt étant absent, il fallu retrouver les cotes. Pour ce faire je pris des cotes : sur le mouvement (carré de l'arbre de barillet), sur sa croix de malte (diamètre extérieur), sur le doigt du second arrêtage (il est plus gros mais je pus déterminer le facteur d'échelle grâce au rapoort entre les deux croix de malte), et d'après le tracé théorique de cet arrêtage, décrit dans le magnifique livre de M. Augereau sur les engrenages horlogers.


Il s'agit ensuite de le fabriquer... A la pointeuse (Hauser 2A2) d'abord :




Coucou hibou :


Puis l'étampage du trou carré. Je commençai par faire un poinçon en acier trempé dur :


mais il ne tint pas le coup et dû en refaire un en carbure :


qui alla cette fois. Un peu de limage et de test sur le mouvement et voilà :




Le stop-seconde

Un travail pas très délicat fut fait pour tenter de faire marcher le stop-seconde.


La "vis" visible se positionne dans le mouvement juste au-dessus du pignon de remontoir et un canon ajusté sur la tige de remontoir vient appuyer dessus.
La tête de vis cassa lors du démontage... je dû donc détremper le levier, repercer et tarauder et refaire les finitions du levier qui avait été limé grossièrement à cet endroit. Je retrouvai une vis que je mis aux dimensions par tâtonnement, prendre des cotes à cet endroit n'étant pas évident.





Poli des vis

Les petites vis des rochets / roue de couronne étant bien abîmées, je les repolis au zinc et au tripode :




...puis les fentes récupérées comme j'ai pu en refaisant l'anglage de la fente. J'utilisai la méthode de Luc Monnet une nouvelle fois, en les frappant avec un outils poli :


L'angle est d'un peu plus de 100°, ce qui ne crée pas de bavure sur le plat de la tête.

Après nettoyage, remontage et quelques petits réglages, voici le résultat :






Merci de m'avoir lu :)
 
francis75
Ouvrier
19 Septembre 2013
384
Paris 10e
Bonjour,

Bravo pour ce reportage si intéressant.
J'aurais 2 questions, concernant la réfection des vis.
ça m'intéresse car il est si courant d'abimer des vis au démontage, et on n'a ni forcément l'envie de les refaire, ni celle de les laisser en l'état.
Alors votre expérience est des plus instructive.

1 - Qu'est-ce que le polissage au zinc et tripode ?

2 - Pourriez-vous mettre une photo de la vis récupérée après frappe avec l'outil à 100 ° ?

Merci
 
orlogeur
Nouveau
21 Août 2015
20
Lozère
1 - Qu'est-ce que le polissage au zinc et tripode ?

2 - Pourriez-vous mettre une photo de la vis récupérée après frappe avec l'outil à 100 ° ?
Le polissage au zinc et tripode est une technique de polissage garantissant un poli parfaitement plan. Il consiste à tenir la pièce à polir sur un tripode (trois pied, dont un est la pièce elle-même) puis de venir la frotter sur de la pâte diamant déposée sur un plaque de zinc (métal mou). Les deux pieds sont réglables et permettent de plaquer la pièce bien plate sur la plaque. C'est une opération assez délicate mais réputée pour la qualité du poli.

Je n'ai malheureusement pas de photos des vis après frappe, mais vous pouvez vous imaginer un chanfrein poli de chaque côté de la fente.
 
La dernière réponse à ce sujet date de plus de 6 mois

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