C'est une bonne décision. J'ai commencé dans mon atelier privé avec un tour des annees 20, beaucoup plus gros que ça. Avec un peu de pratique j'arrivais à réusiner des disques de frein, des volants-moteur, toutes sortes de bagues, poulies, ecrous beaucoup d'outillages, comme des extracteurs de roulements, d'engrenages de boite.
Pour les filetages externes, ces tours me paraissaient trop difficiles à maitriser parce qu'ils n'ont pas de frein. En plus, le mien etant gros, il continuait à tourner longtemps aprees la coupure du moteur entrainé par l'inertie de son mandrin de 400 et de sa lourde broche.
J'avais deux methodes, dont je ne parlais pas à l'epoque tellement j'avais honte. Soit fileter en marche arriere en partant de la gauche, pour ne pas casser l'outil en bout de filetage, soit fileter dans le sens conventionnel en tournant le mandrin à la main. Ça m'a depanné deux ou trois fois, mais il faut bien avouer que le resultat était juste horrible. Quel changement quand j'ai eu un tour des annees 60 un peu plus tard.
Au boulot, j'avais à ma disposition des machines neuves et le week-end, je devais apprendre à travailler autrement pour faire avec ce que j'avais sous la main.
Je te conseille de commencer par les outillages. Si tu rates ta miece, tu ne perds que la matiere. Ensuite, tu pourras essayer la renovation de pieces sur des pieces mortes, comme des disques de frein
Il te faut connaitre une astuce : usiner n'est que rarement difficile. Ce qui est compliqué, c'est de faire tourner une piece sans faux-rond. Tout ce que tu usines sans demonter est coaxial. Des que tu demontes, tu perds la coaxialité. Même avec une machine à 100 000 Euros. Mais le defaut est generalement plus important avec du vieux materiel.
Pour une piece neuve, il faut essayer de tout usiner dans un lopin plus long qu'on recoupe ensuite.
Pour une renovation, il y a une astuce qui marche bien même avec une vieille machine si elle est en bon etat. On fixe la piece, comme elle est fixee sur l'organe où elle ira.
Par exemple, un disque de frein doit être tenu en appui sur la face qui porte sur le moyeu de roue. On va donc usiner un faux-moyeu dans un bout de ferraille sur le tour. On ne le demonte pas. Cette piece est appelée cimblot.
Le cimblot tourne rond tant qu'on ne le demonte pas.
On visse les disques avec les boulons d'origine sur le cimblot. La face d'appui du disque tourne rond. On usine les deux faces du disque sans demonter. Les deux faces sont rigoureusement parallelles entre -elles et avec la face de réference. Avec mon vieux tas de fonte des annees 20, le defaut residuel une fois les disques de camionnette montés sur le moyeu etait toujours inferieur à 0,03 mm.
Sans cimblot, les disques sont inutilisables. A partir de 0,05 mm de defaut, on a l'impression de descendre les marches d'escalier du parvis d'une cathedrale quand on freine...J'ai essayé...
Si tu dois démonter le cimblot entre deux disques, il faudrale refaire. Par contre, si tu le conserves sans demontage, tu peux ensuite usiner des roues completes. Mais pour ça il faudrait mon vieux gros tour, bien sûr. Le tien est trop petit.
Tu vas vite comprendre que la partie noble (et intéressante) du metier de tourneur, c'est l'ablocage. C'est le paradis de l'ingeniosité et du brainstorming. Le reste c'est pas vraiment plus compliqué que d'éplucher des patates : un truc plus dur qui decoupe des copeaux dans un machin moins dur...
50 ans apres mes premiers copeaux sur un tour, j'en suis à mon huitieme tour perso. J'ai dû utiliser entre trente et cinquante tours differents dans un cadre professionnel ou privé. On peut dire que j'ai un peu d'experience. Et du bon materiel. Et bien j'usine toujours les disques de frein de la même maniere qu'avec mon premier tour qui serait centenaire. On ne change pas une equipe qui gagne.