Restauration d'un tour Schaublin 102N-VM sur socle

kaiten
Ouvrier
15 Juillet 2010
318
Près de Rennes
  • Auteur de la discussion
  • #1
Bonsoir,

après avoir passé quelques années à me réjouir de lire les présentations de restaurations de nombreux membres du forum, je vais apporter ma modeste contribution en vous faisant partager une aventure de remise en condition d'une machine dont je sais qu'elle attirera le regard de bon nombre d'amateurs de belles helvètes. Je sais aussi pouvoir trouver auprès de nombreux membres du forum des conseils avisés, en particulier ceux qui possèdent des machines similaires.

Comme souvent (en tous cas pour moi), c'est au moment le plus inattendu que l'occasion s'est présentée de sauver cette machine. Fin 2012, je venais de rentrer à l'atelier une scie à ruban Guinot S324 qui m'a donné beaucoup de travail, suivie tout début 2013 d'une affuteuse Vilar Lasseur 202 nécessitant elle aussi beaucoup d'affection... pas de place pour se lancer dans de nouvelles aventures si on y ajoute un changement d'activité professionnelle et le Wife Acceptance Factor avec lequel beaucoup d'entre nous doivent bien entendu composer!

Mais ce serait sans compter sur les copains ... et c'est sur l'indication de l'un d'entre eux qui se reconnaitra sans nul doute et dont la vigilance sans égale a permis de mettre à jour ceci dès sa parution:


Et quand je dis dès sa parution, on parle de minutes ! Habitant à moins d'une heure de chez le vendeur, un coup de fil et j'y suis moins de 2 heures plus tard avec une remorque empruntée.
Notre nez ne nous a pas trompé. Je donne un coup de main au vendeur pour finir de déblayer les palettes et fagots qui encombrent encore la grange, et c'est bien une pépite que je mets au jour:


Faites comme moi le rapide tour de la machine et vous comprendrez que la décision était prise avant même d'avoir visité la caisse d'accessoire posée au sol !


Un coup d’œil au banc le montre sale, mais aucune marque ou choc ne m'inquiète. Je le sais trempé, donc l'usure ne me préoccupe pas.


L'affaire est donc entendue avec le vendeur sur le champ - il est de toute façon très pressé de libérer son local. Là où cela se corse, c'est que le tout jeune homme a très fortement sous-estimé le poids de la machine et qu'il pensait qu'à 4 on pourrait le faire monter dans ma remorque :wink: Franchement, il l'avait déjà décollée du mur, je ne vois pas comment il pouvait imaginer cela... Le temps de trouver chez le voisin un palan chinois rouillé donné pour 500kg, de l'accrocher à une poutre de la grange dont la section me fait imaginer le pire, d'élinguer la machine, et elle est là, suspendue dans la grange, au dessus du trou de fosse (visible aux pieds du vendeur photo 3) dans les gémissements de la charpente... Vous imaginez avec quel empressement j'ai reculé la remorque pour la mettre dessous ! Même pas le temps pour une photo, ce que je regrette bien aujourd'hui.

Le soir même je décharge seul et avec soin la nouvelle conquête, je dois rendre la remorque le lendemain ...


C'est loin d'être ma première aventure et je procède 'à l'égyptienne' avec des barreaux de stub, avec la remorque très légèrement inclinée et le tour maintenu par sangle à la flèche:


Je laisse descendre le tour jusqu'au bord de la remorque et je le reprends au transpalette. Il suffit ensuite de reculer davantage pour atteindre l'autre pied du socle, et je le reprends cette fois avec mon gerbeur 500kg:


Ensuite il suffit de descendre étage par étage la pyramide de cales du transpalette et de suivre avec le gerbeur. Enfin, il est chez lui:


Ouf !!! vous imaginez mon contentement. 6h avant je n'avais aucune idée de ce qui allait m'arriver !

A suivre ...
 
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kaiten
Ouvrier
15 Juillet 2010
318
Près de Rennes
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  • #3
Merci vax !
...en fait ça remonte au mois de Mai 2013, mais vous allez voir que si mes progrès sont lents et irréguliers, je n'en suis plus à la découverte...j'avance.
L'urgence a été de stopper le travail de l'oxydation, de nettoyer correctement la machine et je ne m'y suis remis qu'assez récemment.

-Philippe
 
kaiten
Ouvrier
15 Juillet 2010
318
Près de Rennes
  • Auteur de la discussion
  • #4
Bon, eh bien avec la créature au chaud , il est temps de faire un petit tour du propriétaire:

2013-05-18-12-05-03_lr256-jpg.jpg

Renseignement pris auprès de la maison mère Schaublin, cette machine a été produite en 1980. Elle est en 380V, ce qui est classique pour un moteur bi-vitesse. D'autres exécutions ont existé, un transfo était alors ajouté dans le compartiment électrique du socle.

Pour ceux qu'un voile de rouille répugne, il va falloir fermer les yeux sur les vues suivantes. Ce n'était pas du genre à m'arrêter - j'ai une expérience assez extensive du dérouillage, en particulier électrolytique. Tout est assez oxydé, mais c'est globalement en surface. LA bonne nouvelle, c'est que l'inspection un peu moins précipitée que chez le vendeur ne révèle aucune casse, ni aucun choc apparent.

2013-05-19-12-25-28_lr256-jpg.jpg

Le capot fixe du compartiment qui contient le renvoi vers la boite d'avances a en revanche pris une grosse claque et il est très sérieusement fendu (on le voit plus haut quand la machine est dans la remorque). C'est lui qui est démonté ci-dessous. Il est encore d'un seul tenant mais il faudra s'en occuper.

2013-05-19-12-24-45_lr256-jpg.jpg

L'ouverture de la poupée fixe me fait beaucoup moins rire et si elle tourne très librement lorsque je soulage la courroie avec la pédale associée, la poulie étagée en revanche n'est pas belle à voir.

2013-05-19-12-25-17_lr256-jpg.jpg

Une poupée fixe de perçage avec son levier de manœuvre et le tirant associé.

2013-05-19-12-25-35_lr256-jpg.jpg

Le groupe motorisation est du genre maousse pour une petite machine comme le 102. On y reviendra, mais c'est en soi une belle bête qui contient déjà 3 options:
  • l'embrayage-frein,
  • le réducteur 1:5,
  • le dérailleur de courroie.
L'oxydation ne l'a pas épargné, et au premier regard, il n'y a plus guère d'huile dans le réducteur qui a l'air de l'avoir perdue par ses joues. Malgré tout encore une fois rien de bien inquiétant en première approche.
Je m'aperçois que le capot du compartiment moteur est absent de mes photos, il était dans la voiture pendant le transport - il est en très bon état.

2013-05-19-12-25-57_lr256-jpg.jpg

L'impression d'ensemble est plutôt bonne si on fait l'effort d'oublier l'aspect cosmétique. La manœuvre du chariot ne me tente pas vu la couche d'oxydation qui recouvre tout. J'attendrai de passer à un premier stade de nettoyage et au démontage avant de toucher au trainard...

2013-05-19-12-27-26_lr256-jpg.jpg

L'étape suivante, ce sera la découverte des accessoires...
 
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kaiten
Ouvrier
15 Juillet 2010
318
Près de Rennes
  • Auteur de la discussion
  • #6
Bonjour rabotnuc ! merci de ton message...Et oui, tu as très probablement raison, mais à l'époque j'ai eu un peu peur de saboter les racleurs du trainard avec la rouille de surface.
Le petit chariot se déplaçait sans difficulté, on sentait bien qu'il glissait toutefois dans la colle...

-Philippe
 
ZAPJACK
Compagnon
4 Juillet 2010
2 964
Namur (B)
Bravo pour l'acquisition !! les 102N-VM ne courent pas les rues !!
Un peu de boulot en perspective, mais c'est sûr, les copeaux ne sont pas loin.
Attention, ne pas jouer avec le trainard tant que la rouille n'est pas enlevée.
J'ai vu un magnifique Pratt & Burnerd à voile réglable :smt023
Quoi d'autres dans les accessoires??
LeZap
 
kaiten
Ouvrier
15 Juillet 2010
318
Près de Rennes
  • Auteur de la discussion
  • #9
Bonsoir ZAPJACK & merci de ton message. Oui, du travail il y en a en perspective !

Vous verrez au fil des articles que je n'ai pas chômé déjà avec ce que j'ai fait car j'ai décidé de ne me pas me contenter du minimum pour la remise en route. Tout va y passer.
C'est effectivement une machine rare et celles que l'on peut voir chez les vendeurs sont affichées à des tarifs qui les rendent inaccessibles au commun des amateurs . Le dernier que j'ai vu chez REPMO il y a qq années, très beau avec variateur mais moins complet que celui-ci était affiché un peu plus de 33000€HT... Chez certains vendeurs, les tarifs sont néanmoins outranciers si l'on se réfère à l'état des machines sur lesquelles le plus gros travail fait a été la couche de peinture...mais ceci est une autre histoire...

Oui le mandrin est très chouette, c'est une belle pièce, j'ai hâte de le régler pour vérifier ses mérites, mais il y a un peu de route d'ici là.
Et pour le reste, on y vient !

-Philippe
 
kaiten
Ouvrier
15 Juillet 2010
318
Près de Rennes
Bonsoir,
cette fois nous allons faire le tour des accessoires récupérés avec la machine - globalement le contenu de la caisse en bois des premières photos.
Une fois de plus allergiques à la rouille passez votre chemin !

Une contrepointe de perçage c'est pas mal, mais je suis bien content d'avoir la conventionnelle (105-65.000), même si elle a besoin d'un peu d'amour elle aussi:


Bien sûr j'aurais aimé trouver celle à cabestan double-vitesse :wink: , mais le Père Noël est déjà passé une fois.
Pour me consoler, j'ai tout de même les lunettes fixes et à suivre:


Une caisse de pinces W20 diverses (rondes, carrées, hexa) :


Et une autre de pinces/cloches étagées :


Une fois soulagée de ces trophées, la caisse recèle encore quelques bonnes surprises:


Il y a deux tirants, un paquet de mors pour le mandrin, et surtout le jeu *complet* (si on compte ceux déjà montés sur le tour) de pignons: ça faisait partie de mes inquiétudes comme on l'imagine. Vous noterez la présence d'un écrou-cloche pour pince étagée, il y en a un autre ailleurs. Il y a un petit paquet d'outils de tour à plaquette brasée, qui me semblent d'un gabarit un peu imposant pour avoir été exploités sur ce tour. Difficile de conclure vu l'absence de tourelle et de porte-outil sur la machine. Ci-dessous deux butées-barillet dont il faudra vérifier l'appartenance à la machine - cela ne me saute pas aux yeux.

 
vax
Modérateur
5 Mars 2008
6 666
Guipavas (près de Brest)
Bien équipé en plus :wink:
Cache le carton de pinces cloches, je bave (pardon).
Je ne sais pas si les butées sont d'origines, mais elles me paraissent tout à fait compatible. En tout cas la fixation est vraiment comparable à celles de mon 102VM (pas N).

Tu as vraiment fait une belle acquisition, rassure moi, à 2 heures de chez toi c'était pas vers Brest j'espère ! :wink:
 
kaiten
Ouvrier
15 Juillet 2010
318
Près de Rennes
Avant de poursuivre en vous dévoilant peu à peu les étapes franchies, je vous propose de vous attarder sur la configuration de la machine. En effet, Schaublin a réalisé le avec 102 une machine d'une étonnante richesse de configuration. Sur la base d'éléments interchangeables, on peut 'habiller' la machine d'une manière très variée.
Les deux éléments fondamentaux du 102 sont le banc et la poupée fixe.
Cette dernière peut:
  • être ouverte (pour permettre de placer le moteur derrière le tour - configuration classique sur table) ou fermée, dans le cas où le banc est monté sur un socle, ce qui est notre cas ici.
  • intégrer un réducteur 1:5, facilement reconnaissable à son levier de manœuvre sur sa face avant. Elle est dans ce cas assez nettement plus longue, nous avons aussi le réducteur.
  • se voir doter d'un levier de blocage rapide de pince, que nous avons ici.

Chaque variante de poupée existe de plus en W20 ou W25. La nôtre est une W20, il s'agit de la 106-27.060 - poids 44.4kg

Le banc doit bien sûr être percé pour laisser passer la courroie plate vers le groupe moteur logé dans le socle. Il peut être tronqué, normal ou allongé. Le nôtre est un modèle standard de 1m de long, 50kg. C'est la référence 105-15.000.


Le banc est posé sur un socle massif en fonte de 300kg, ref 105-80.000. Le compartiment de gauche reçoit la motorisation et celui de droite l'installation électrique. Il peut être doté des tiroirs ref 105-80.400 (poids 8,5kg) en partie centrale.


Le tableau électrique 105-80.850 (13kg) est monté en contre-face de la porte du compartiment, et il regroupe le contacteur général, la commande moteur à 5 positions (Av/Ar, 2 vitesses), et éventuellement au centre la commande de pompe de lubrification. Notre modèle dispose de plus du levier d'enclenchement avec dispositif de sécurité ref 105-80.910, qui permet de limiter les positions atteignables par la commande moteur afin de prévenir des actions inopinées.


Et puisque l'on en parle, le dispositif d'arrosage ref 106-80.600 (13.8kg) consiste en une pompe (moteur tri) sur réservoir amovible placée dans le dos de la partie centrale de la machine. Non, un 102 avec arrosage ne peut pas se mettre contre un mur...


En ce qui concerne le groupe moteur déjà aperçu dans le compartiment de gauche, il est composé:
  • d'un moteur triphasé bi-vitesse, ref Schaublin 76.852 - La fiche technique le donne pour un 750-3000rpm. En fait la plaque signalétique du mien diffère légèrement au niveau vitesse:

  • d'un dispositif d'embrayage optionnel et freinage concentrique à l'axe moteur que je trouve assez astucieux. Il porte la référence 105-81.000 (12kg) :
  • Un réducteur de vitesse 1:5 optionnel. Il porte la ref. 105-81.100 et pèse la bagatelle de 44kg. Il repose sur deux embrayages multidisques qui permettent la manœuvre à la volée. La tringlerie de commande depuis le levier de face avant est ainsi faite que le tout s’accommode du basculement du groupe moteur+réducteur lorsque l'on actionne la pédale pour le relever et permettre de détendre la courroie plate de renvoi vers la poupée fixe.

  • un dérailleur ref 105-80.200 (7kg) permet le passage de la courroie plate sur les gradins de poulies sans arrêt du moteur. J'attends de voir en pratique ce que cela donne.

Le groupe moteur accuse donc 25+12+44=81kg (je pense que c'est plus car les 25kg du moteur ne prennent pas en compte son berceau - je n'ai pas vérifié), ce qui le rend assez fun à manipuler hors du bâti, difficulté encore accentuée de par une forme totalement improbable.

Si on se résume, la cinématique de la transmission est assez simple. Au modèle de poupée près, un bon éclaté est disponible sur le site de Tony (http://www.lathes.co.uk/). En voici le lien direct : http://www.lathes.co.uk/schaublin/img121.jpg

Sur les deux pédales de la machine, l'une sert à relever le groupe pour détendre la courroie plate comme indiqué plus haut, l'autre sert à actionner l'embrayage-frein. Lorsque la pédale est enfoncée, la poulie étagée sur l'axe moteur se désolidarise de ce dernier, et vient se freiner immédiatement sur une garniture spécifique. Cela permet un débrayage et freinage très rapides sans coupure moteur.
 
Dernière édition:
kaiten
Ouvrier
15 Juillet 2010
318
Près de Rennes
Bonsoir vax !
non j'y étais 2h après avoir vu l'annonce, mais à une heure de route seulement, dans le 53, dans l'autre sens donc.
Et si j'ajoute que j'ai habité toute mon adolescence à moins de 500m de la grange en question...il y a des fois où je me demande si la vie ne s'amuse pas à nous faire des clins d'oeil :wink:

-Philippe
 
rabotnuc
Compagnon
16 Avril 2008
3 936
fr-50cherbourg
bonjour,
Sur mon 102 VM j'ai aussi le même réducteur 1/5, c'est super à utiliser puisque utilisable en marche. Le seul reproche que je fais c'est que c'est le même rapport 1/5 que le harnais/volée, c'est un peu dommage , un rapport différent aurait permis plus de variantes de vitesses (avec les 2 vitesses elec. rapport1/4) sans changement de position courroie. L'idéal étant sans doute le variateur mécanique.
VAX, à propos, le changement de position courroie en marche se fait il facilement sur ton vm? sur le mien c'est pas pratique du tout, je trouve le dispositif inefficace, peut-être mal réglé?
Kaiten, sur la troisième photo catalogue, le guide courroie est différent des anciens vm , si tu as l'occasion j'aimerai avoir les cotes de la partie qui porte sur la courroie. Une photo du mien.

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