Le langage technique "fleuri" de l'horlogerie

SULREN
Compagnon
27 Janvier 2009
2 840
FR-31 Communauté des Hauts Tolosans
  • Auteur de la discussion
  • #1
Bonjour,
Les horlogers sont, légitimement, très pointilleux sur la minutie et la rigueur dans l’exécution du travail et sur la justesse dans le choix des termes techniques.
Mais ils ne sont pas pétris que de l’austérité du laiton durci et de l’acier trempé. Ils ne manquent pas de poésie et s'expriment dans une langue diverse et fleurie.

EXEMPLE: DESCRIPTION DE LA SONNERIE DU CARILLON VEDETTE:

« Pour le déclenchement de la sonnerie des 4/4, une came fixée sur la chaussée soulève tous les 1/4 h la détente 4/4 (1). Le bras soulève l’accrochoir (3) ; le bras (4) sort de l’encoche du limaçon 4/4 (5) et permet à l’arbre d’arrêt (6) de libérer le rouage. La roue de volant (7) vient alors buter contre le bras (2), c’est le délai. Quand la came abandonne la détente (1) , le bras (2) libère complètement le rouage des quarts.
Pendant la sonnerie des 4/4, une came, solidaire du limaçon 4/4 (5) soulève la détente longue (1) cependant que l’accrochoir (9) libère la virgule (10) et le râteau (11) qui tombe sur le limaçon heure (12). La roue de volant (13) vient alors buter contre la détente (1), c’est le délai. Quand la came abandonne la détente (1), la détente (1) libère complètement le rouage des heures. Au dernier coup de la sonnerie, l’accrochoir (9) vient dans l’épaulement de la virgule (10) et provoque l’arrêt du rouage ».


On imagine le râteau tombant sur ce pauvre limaçon qui déambulait sur la chaussée, sous laquelle une came était planquée, qui a soulevé la détente, faisant sortir le bras de l’encoche du limaçon, et faisant buter la roue contre ce bras.
Il en résulte une grande mêlée, mais finalement la came abandonne la détente, permettant à l’accrochoir de sonner la fin de la récréation en tombant dans l’épaulement de la virgule.

Plus loin, pour d'autres sonneries, on trouve un « chaperon » qui joue du « détentillon ».
Il ne manque plus que le loup, le renard et la belette. On a déjà le goupil(le).
Je n’ai pas trouvé l’équivalent dans le langage de la Mécanique Générale….mais peut-être qu’en cherchant bien…..


DANS UN AUTRE REGISTRE "PLUS GAULOIS":
Si vous avez besoin de corriger les effets du chaud et du froid sur la verge, lisez ce que préconise le grand horloger Thiout :

« Pour corriger les effets du chaud et du froid sur la verge du pendule, M Thiout propose dans son ouvrage divers moyens, dont le plus simple est une contre verge fixée au mur près de l’horloge ; cette contre verge remonte le pendule vers son point de suspension, en sorte qu’il conserverait toujours la même longueur si le mur, lui-même, n’éprouvait pas de changement par les diverses températures».

C’est en page 236 du Tome Premier de l’ouvrage :
Histoire de la Mesure du Temps Par Les Horloges
écrit par le non moins grand horloger Ferdinand Berthoud.

Un étudiant qui choisirait comme sujet de fin d’études :
«L’étude consistant à déterminer et à résoudre les équations qui décrivent la façon dont la contre verge corrige les effets du chaud et du froid sur la verge».
assurerait déjà deux bons tiers de la note par le seul titre du travail, s’il tombait sur un jury constitué de bons vivants. :)
 
Dernière édition:
JCS
Compagnon
22 Juin 2007
2 101
Cher
Plus loin, pour d'autres sonneries, on trouve un « chaperon » qui joue du « détentillon ».
Intéressant, y a-t-il un dessin qui va avec ?
je me posais la question sur le détentillon, à la suite du document publié par Wuwu ( que j'ai un peu malmené ) sur une autre discussion. J'ai plutôt tendance à penser que c'est le couteau qui pénètre dans le chaperon !
Le détentillon, me semble-t-il, joue avec le délai

Je n’ai pas trouvé l’équivalent dans le langage de la Mécanique Générale….mais peut-être qu’en cherchant bien…..
Peut-être que la mécanique générale est une héritière sérieuse de l'horlogerie et de la serrurerie...

@+
JC.
 
SULREN
Compagnon
27 Janvier 2009
2 840
FR-31 Communauté des Hauts Tolosans
  • Auteur de la discussion
  • #6
Bonjour,
@JCS:
Le langage de l’horlogerie est tout aussi sérieux que celui des autres arts et techniques. Il trouve ses racines dans le Français ancien et certains de ses termes ont de ce fait un petit charme désuet, fort sympathique.
Je me suis juste permis de le voir sous l’angle de la plaisanterie.
De même quand j’ai dit que le chaperon joue du détentillon, c’était juste une façon d’associer ces deux mots sympathiques.

On sait bien que la roue de chaperon (roue de compte) commande le bras d’arrêt en laissant tomber le couteau porté par ce dernier au commencement d’un creux.
Le détentillon est le bras supérieur de l’équerre (dite aussi détente) et porte la palette du détentillon (dite aussi face de délai). En ne laissant frapper qu’un coup (demies) le détentillon fait que le couteau se retrouve à la fin du creux dans lequel il était, prêt à remonter sur un sommet et à permettre la sonnerie des heures.

Je ne trouve pas le mot « détentillon » dans le Vial. C’est « le bras supérieur ».
Je le trouve dans le petit livre jaune de Oscar Beausoleil (qui a la prétention de traiter toute l’horlogerie : réveil, comtoise, mvt de Paris, carillon, outillage , travaux pratiques, etc, en 63 pages format de poche).
Je le trouve dans Diderot et d’Alembert sur une planche et un texte tirés d’un livre de Thiout, montrant un précurseur de mvt de Paris, à verge, et dont l’équerre fait un angle de presque 90 degrés (d'où le nom), contrairement aux mvts de Paris (un vé).
Il est aussi dans le dictionnaire de Berner et dans le Richard Chavigny.

EDIT:
Par pure curiosité linguistique j’ai cherché l’origine des termes détentillon et chaperon.
- Dans le Littré on trouve le mot chaperon déjà au temps de Joachim Du Bellay et même de Louis XI (vers 1430) dans une signification autre que celle attribuée par l’horlogerie.
- Par contre détentillon a été créé par les horlogers. Le Littré dit : « terme d’horlogerie. Détente levée par la roue des minutes ».
Eux aussi, comme Diderot et d’Alembert appellent la roue de chaussée « roue des minutes ».
On aurait pu trouver détentillon en arquebuserie, pour faire péter l’arquebuse par exemple, avant que les « orlogeurs, orlogiers, horologeurs » ne se l’appropriassent.
 
Dernière édition:
jdg
Compagnon
14 Février 2011
1 499
92
Bonsoir,

Détentillon est un terme très explicite empreinté à
l’Arquebuserie.
( la détente et le détentillon en sonnerie horlogerie )
 
Dernière édition:
JCS
Compagnon
22 Juin 2007
2 101
Cher
Dans un mouvement de Paris, le détentillon est en haut et au bout du vé et contribue au délai.
Au XVIIIè on disait qu'il était actionné par la roue des minutes et aujourd'hui par la roue de centre.

A la bonne heure !

JC.
 
SULREN
Compagnon
27 Janvier 2009
2 840
FR-31 Communauté des Hauts Tolosans
Bonjour,
Détentillon est un terme très explicite empreinté à
l’Arquebuserie.
Bonjour,

C’était ma première hypothèse, comme je l’ai dit à la fin de l’EDIT de mon post #6:
"On aurait pu trouver détentillon en arquebuserie, pour faire péter l’arquebuse par exemple, avant que les « orlogeurs, orlogiers, horologeurs » ne se l’appropriassent".

Je partais de l’idée que le seul art mécanique, aussi ancien que l’horlogerie, et comportant des détentes, gachettes, ressorts, et autres dispositifs de déclenchement, ne pouvait être que l’arquebuserie,....et bien moins probablement la serrurerie.

Mais je n’ai pas trouvé l’évidence que le terme « détentillon » avait été utilisé en arquebuserie avant de l’être en horlogerie. D’où ma position prudente de me fier au Littré, tout en étant bien conscient du fait que le Littré est un ouvrage de référence indiscutable en matière de langue française générale, mais pas en matière de termes techniques ni de jargon de métier.
Je veux donc bien croire qu’il y avait dans une arquebuse (ou dans un rouet), une gachette et un détentillon, comme il y a dans les armes d’aujourd’hui une gachette et une queue de détente.

Les horlogers auraient emprunté, lorsqu'ils ont eu à nommer leur dispositif de déclenchement "devant faire parler le timbre", un terme existant utilisé pour "faire parler la poudre".
 
Dernière édition:
Narvalo
Nouveau
22 Mars 2018
3
Plus loin, pour d'autres sonneries, on trouve un « chaperon » qui joue du « détentillon »
En fait, c'est quelque part assez juste dans le cas d'espèce... :)

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Je vous laisse le soin de trouver les explications et la source mais à l'heure où l'on a entrepris de numériser la quasi intégralité du patrimoine imprimé de l'humanité, le « néo-horloger » n'est pas toujours celui qu'on croit et l'argument d'autorité - souvent auto-proclamée - prend du plomb dans l'aile. Bon week-end :-D
 
SULREN
Compagnon
27 Janvier 2009
2 840
FR-31 Communauté des Hauts Tolosans
Re,
Dans un mouvement de Paris, le détentillon est en haut et au bout du vé et contribue au délai.
Au XVIIIè on disait qu'il était actionné par la roue des minutes et aujourd'hui par la roue de centre.

A la bonne heure !
Je vais peut-être dire une ânerie, n’ayant que des connaissances partielles en horlogerie, mais je trouve que le vocabulaire du XVIIIe siècle est plus cohérent.
Dans un mvt de Paris on a un « mobile de centre » (roue de centre).
Diderot et d’Alembert (D&A) l’appelle « roue de longue tige ».

La tige est prolongée au-delà de la grande platine et porte la « roue de chaussée ».
D&A dit « la tige passe à la quadrature pour porter la roue de minutes ».

C’est cette chaussée, ou roue des minutes pour D&A, qui porte les goupilles qui libèrent la détente (que D&A appelle aussi détente) et donc son « bras supérieur », que D&A appelle « détentillon ».

Ce n’est que de la terminologie, tout le monde ayant en tête les mêmes choses.

Mais qui porte les goupilles : c’est bien la chaussée, pas le mobile de centre. Si je fait tourner l’aiguilles des minutes avec mon doigt, je fais tomber la détente, et son détentillon, sans que le mobile de centre ait bougé.
Il me parait plus rigoureux de dire que c'est la chaussée (ou roue des minutes pour D&A) qui actionne le détentillon.
Bien sûr, en utilisation normale, la chaussée tournant en phase avec le mobile de centre on peut dire que c'est la roue de centre qui actionne.
 
Dernière édition:
JCS
Compagnon
22 Juin 2007
2 101
Cher
Je vais peut-être dire une ânerie, n’ayant que des connaissances partielles en horlogerie, mais je trouve que le vocabulaire du XVIIIe siècle est plus cohérent.
Les anciens ont souvent tendance à penser que c'était mieux avant. On se demande alors pourquoi les choses changent ?

ais qui porte les goupilles : c’est bien la chaussée, pas le mobile de centre. Si je fait tourner l’aiguilles des minutes avec mon doigt, je fais tomber la détente, et son détentillon, sans que le mobile de centre ait bougé.
Il me parait plus rigoureux de dire que c'est la chaussée (ou roue des minutes pour D&A) qui actionne le détentillon.
Bien sûr, en utilisation normale, la chaussée tournant en phase avec le mobile de centre on peut dire que c'est la roue de centre qui actionne.
Juste remarque ! J'ai tapé un peu trop vite sur le clavier. Il faut savoir que je ne suis qu'un petit horloger de campagne. Mon quotidien est de faire fonctionner au meilleur prix les garde-temps que l'on me confie. J'ai calculé, j'ai du voir passer entre mes mains plus de 1000 mouvements de Paris !
Je ne suis qu'un modeste débutant en rhétorique.

J'aperçois Narvalo ( le bien nommé ? ) qui arrive tout neuf dans ce forum et qui semble expert en la matière.

@+
JC.
 
SULREN
Compagnon
27 Janvier 2009
2 840
FR-31 Communauté des Hauts Tolosans
Re,
Les anciens ont souvent tendance à penser que c'était mieux avant. On se demande alors pourquoi les choses changent ?
En disant que je trouvais que le vocabulaire du XVIIIe me semblait plus cohérent, je faisais juste référence à ta phrase :
« Au XVIIIe on disait qu'il était actionné par la roue des minutes et aujourd'hui par la roue de centre »

Et pas au vocabulaire du XVIIIe siècle en général. Chacun se fera l’opinion qu’il veut sur l’évolution survenue au vocabulaire depuis, ainsi que plus généralement sur la façon de s'exprimer en Français.
Ne portons pas de jugement sur la validité de ce que pensent les anciens (ou les jeunes dureste) sur le présent versus le passé.*

N'amorçons pas de dérapage. Tout le monde s'en portera mieux sur le forum.
 
La dernière réponse à ce sujet date de plus de 6 mois
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