la charpente originelle de la cathédrale (construite au XIIIe siècle et surnommée « la forêt ») n'a pas été séchée avant son montage
. Les artisans de l'époque ont délibérément utilisé ce qu'on appelle du bois vert, c'est-à-dire du bois fraîchement abattu.
Le processus des bâtisseurs suivait un calendrier bien rodé :
- Un abattage hivernal : Les chênes (des arbres relativement jeunes, de 60 à 80 ans en moyenne) étaient coupés en hiver, durant la période de repos végétatif, lorsque la sève est au plus bas.
- Un équarrissage immédiat : Les troncs étaient taillés à la hache (la doloire) presque aussitôt après la coupe. Le bois vert étant encore tendre et gorgé d'eau, il était infiniment plus facile à façonner. Si les charpentiers avaient attendu que le chêne sèche, il serait devenu dur comme de la pierre, émoussant ou brisant leurs outils.
- Un séchage in situ (sur place) : Une fois les poutres taillées, ajustées et marquées au sol, la structure était levée et installée directement au sommet de la cathédrale. Le véritable séchage s'est donc fait à l'air libre, au cœur même du monument, sur plusieurs années.
Loin d'être un compromis ou un manque de temps, cette technique offrait un intérêt structurel majeur :
- En séchant lentement une fois la charpente montée, le bois subit un léger retrait naturel.
- Ce phénomène de rétractation vient verrouiller les assemblages (les tenons et les mortaises). Les pièces de bois se resserrent et se coincent les unes dans les autres, rendant la structure de plus en plus solidaire au fil des ans.
- De plus, le fait d'équarrir le tronc à la hache permet de suivre scrupuleusement le fil naturel du bois, ce qui l'empêche de vriller ou de fendre de manière destructive pendant son séchage en altitude.
C'est d'ailleurs cette méthode médiévale, validée par les historiens et les archéologues, qui a été fidèlement reproduite par les compagnons charpentiers pour rebâtir la nouvelle charpente de la cathédrale.