Nos indispensables "petites" amies: les LIMES

SULREN
Compagnon
27 Janvier 2009
2 754
FR-31 Communauté des Hauts Tolosans
  • Auteur de la discussion
  • #1
Bonjour,

Dans une discussion sur les limes, dans cette rubrique, j’ai promis à Jean-Yves et à Gaston48 d’envoyer des photos sur la fabrication des limes d’antan, en échange d’informations qu’ils m’avaient données sur les aciers des limes.
Les limes sont bien nos amies car s’il n’y avait qu’un outil d’usinage que les Usineux garderaient avec eux sur une ile déserte, ce serait celui-là. Mais il faut toujours de méfier d'elles, car malgré leur aspect inoffensif elles peuvent occasionner des blessures avec leur soie, si celle-ci n'est pas emmanchée,.... où quand on s'en sert près du mandrin en rotation (à bannir!).

Voici comment les Anciens « anciens » et des Anciens plus « modernes » s’y prenaient pour les fabriquer. Il faut garder le savoir faire, car qui sait si avec la « crise », pour peu qu’elle perdure, nous ne serons pas dans l’obligation de faire nous-mêmes nos limes, n’ayant plus les moyens de les acheter chez Otelo.
Il faudra de la persévérance, car selon les Anciens il fallait plus de trois années de 3000 heures de travail assidu et être doué d’une bonne habileté manuelle pour bien savoir tailler les limes (pour bien tailler une inflation c’est plus rapide).

Les marteaux ont une forme qui parait bizarre aux pros ou aux amateurs du XXIe siècle que nous sommes, mais nous pouvons faire confiance à nos ancêtres pour dire que c’était la plus appropriée au travail de fabrication des limes.
En fait, le poignet qui tenait le marteau se déplaçait en décrivant un cercle dans le plan vertical pendant que l’autre main déplaçait le ciseau sur l’ébauche à tailler et à la fin du cercle le marteau s’abattait sur le ciseau. Il fallait cette forme de manche pour ne pas se fatiguer le poignet. Aujourd’hui on ne se fatigue que l’index, à cause des clics sur la souris.

Dans le passé, les EL et les fraiseuses n’existant pas, les limes étaient très nombreuses et couramment utilisées.
Dans un article ancien on lit : « il y a tant de limes qu’un Lord anglais, voulant faire un cadeau au Conservatoire de Calcutta, où il se trouvait, écrivit à un homme d’affaire de Londres de lui envoyer une seule lime de chaque modèle ; celui-ci lui expédia un vaisseau chargé, en s’excusant de ne pas avoir pu se procurer tous les échantillons demandés ».

C’est l’antiquité égyptienne qui vit sans doute la naissance ce cet outil car la plus ancienne lime connue est celle qui fut retrouvée en 1837, dans la grande pyramide d’Egypte, tombeau de Chéops. Cette lime, en cuivre, date du troisième millénaire avant Jésus Christ.
Esope, au VIe siècle avant Jésus Christ, atteste de la présence de la lime dans ses fables « la vipère et la lime » et « la belette et la lime ».

UNE DEVINETTE :
Les tailleurs de limes expérimentés pouvaient exercer leur métier en discutant avec d’autres personnes et même en lisant un journal posé à côté d’eux. Ce n’est pas une blague du tout.
Il y a une explication technique. Laquelle ?








PS Les photos et les citations sont issues de la revue Horlogerie Ancienne n° 61 de Juin 2007 éditée par l’AFAHA (Association Française des Amateurs d’Horlogerie Ancienne).
 
pierrepmx
Compagnon
24 Septembre 2010
3 617
Alpes & Drôme
Salut SULEN,

merci pour ces pages très intéressantes !

Question bête (à limer du foin :wink: ): l'acier des limes est très dur, voir cassant.

Je suppose que les limes ne sont pas "frappées" sur un matériau pareil, mais au stade d'acier brut, carboné comme il faut, et qu'un traitement thermique est appliqué ensuite pour le durcir ?

Quant à lire le journal en envoyant un matau de 5kg au dessus de mes petits doigts délicats (spécial clic de souris), je ne compte pas essayer tout de suite :eek:

Pierre.

P.S. Incidemment, ça me rappelle ce que Benjamin Franklin a écrit : un bon ouvrier doit savoir scier avec une lime et limer avec une scie.
 
Chani
Compagnon
6 Novembre 2009
1 183
54, Auboué
Hello,

Les acier carbonés (1,4% d'après ce qui est noté dans l'autre sujet sur les limes), ne sont pas beaucoup plus dur que les autres aciers, lorsqu'il sont recuit.

Il peuvent donc être taillé tranquillement.

Une fois taillé, une petite trempe, et hop dureté de 65HRC

Bonne journée.
 
castel-forte
Ouvrier
29 Octobre 2009
259
Moselle
Bonjour.

Ceci est trés interressant. Ce travail minutieux ne devait avoir qu'un résultat convenant pour enlèvement grossier de matières, telle qu'une rape ou batarde pouvaient le faire, me semble t-il. L'ajusteur devait être en peine pour chercher le 1/100. Quoi qu'il en soit, dans mon livre de technologie il est dit que cette façon de faire a perduré jusqu'au milieu du 19ème siècle.
Je me permets de poster les deux pages concernant les limes de l'ouvrage technique que je dispose. C'est un résumé des techniques professionnelles de G Mautref.

André.

 
SULREN
Compagnon
27 Janvier 2009
2 754
FR-31 Communauté des Hauts Tolosans
  • Auteur de la discussion
  • #6
Bonjour,

Pour ne pas donner l’impression que toutes les limes étaient taillées à la main, voici quelques machines à tailler les limes d’horlogerie au 18e siècle.





Ci-dessous meulage, probablement fin 19e. Visez la taille des meules !
L’ouvrier du haut ouvre le robinet d’eau en embraye, il s’assied à hauteur convenable sur une traverse de bois (on n’avait pas de droit au sous-cul moelleux à l’époque) dont une extrémité va appuyer, par l’intermédiaire du poids de son corps, contre la meule, et le travail commence. Le meuleur ne suit pas des yeux l’opération, il est renseigné par le toucher. L’opération dure une minute.

L’ouvrier du bas rend les bords de la lime perpendiculaires à la lame en les dressant contre la meule. Le crochet pivotant lui permet d’appuyer la lime contre la meule.
Et cela pendant combien d’heures par jour ? Combien de jours par semaine ?

 
Arpette
Ouvrier
31 Janvier 2010
470
Ile de France
Salut Sulren
Je découvre le sujet il est formidable :-D bravo et merci.

Je suis un adepte de la lime et en Phase avec Benjamin Franklin.
Savoir faire une face plate, d'équerre avec des cotes largement en dessous des 0.05 mm n'est pas impossible pour un spécialiste.
Je lis souvent sur les posts que seuls les limes de telle ou telle marque sont indispensables pour la qualité. J'ai un avis totalement différent. S'il faut éviter les limes creuses pour moi seul le mordant compte et il faut 'oublier' les techniques académiques pour apprendre à adapter sa lime (et ses possibilités) à la pièce et au travail à réaliser. La main de l'homme doit positionner la lime pour qu'elle lui obéisse. Mise en biais, torsion pour les limes plates ou fines sont des techniques que l'on apprend pas mais qui on une redoutable efficacité. et que dire du limage en long, de la grattouille, ...
Toutes ces méthodes interdites à l'école en apprentissage mais indispensable à connaitre.

Merci Sulren de nous présenter ce sujet car c'est grâce à ces limes artisanales que nous sommes arrivés au niveau où nous nous trouvons.
Dan
 
SULREN
Compagnon
27 Janvier 2009
2 754
FR-31 Communauté des Hauts Tolosans
Bonjour,

Continuons à rendre hommage aux limes, ces mal aimées.

Ce sont des pièces maitresses de l’usinage depuis l’antiquité et on parle très peu d’elles, tout simplement parce qu’elles ne font pas parler d’elles.
Même quand elles blessent un imprudent, peut-être un peu pour ne pas se faire complètement oublier, ce dernier ne viendra pas se vanter sur le Forum qu’il s’est pris dans la paume de la main une soie de lime parce qu’il ne l’avait pas emmanchée, ou bien parce qu’il avait voulu ébavurer une pièce en rotation sur le tour, malgré les consignes de sécurité.
Il ferme sa g..... et même s’il veut casser la g..... à sa lime elle résistera, car elle a la peau dure, pas seulement quand c’est une « bâtarde » mais aussi quand elle est dite « douce » (au sens du nombre de stries par pouce). Il n’y a que le feu de forge pour lui faire perdre sa superbe en la rendant douce (au sens de l’acier). Et là encore elle peut renaître sous la forme d’un outil de coupe tranchant et déterminé, après avoir été refaçonnée et trempée.

Elles sont comme les chats et les chiens (et les femmes) les compagnes de l’homme depuis l’antiquité. Même les Gaulois en avaient!



Pour rendre hommage aux deux moines qui apparaissent sur les photos du premier post indiquons leur nom : celui de la première photo fig.N°3 s’appelait frère Kuntz et celui de la fig. n° 4 s’appelait frère Bauernschmidt. Bon, cela ne sonne pas très Französisch mais cela ne veut pas dire que nos moines ne foutaient rien pendant ce temps là. Ils nous concoctaient de bons fromages et de bonnes liqueurs que nous ne regrettons pas et qui comptaient autant que les limes.

Dans le texte de Mr G. Mautref cité par Castel-forte et Jean-Yves il est dit que les limes étaient taillées à la main jusqu’au milieu de 19e siècle. Il est même possible que cela ait continué au-delà, pour certaines limes spéciales (je pense aux rifloirs par exemple?). Par contre elles étaient taillées sur des machines, certes peu productives, dès le 18e siècle comme déjà montré sur des photos précédentes et sur celles ci-dessous.

On remarquera en lisant le texte accompagnant les photos que les limes françaises ont eu du mal à s'imposer en France au 18e siècle, face aux limes anglaises et allemandes.





PS1 Personne n'a répondu à la devinette de la fin du premier post.

PS2 Photos prises dans le livre :
« La montre
METHODES & OUTILLAGES DE FABRICATION DU XVIe AU XIXe SIECLE »
de Henry-Louis BELMONT, au Cêtre
 
SULREN
Compagnon
27 Janvier 2009
2 754
FR-31 Communauté des Hauts Tolosans
Il y a deux questions dans ta question:
- Peut-on refaire des stries nouvelles dans une lime usagée?
Oui.
J'ai déjà recuit des limes, puis leur ai enlevé toutes leurs stries en les meulant et en les polissant, puis les ai retrempées pour en faire des brunissoirs très durs: limes sans stries mais que l'on frotte périodiquement sur une pierre abrasive pour créer des micro aspérités transversales qui serviront à polir le métal sur lequel on frotte le brunissoir, pour le rendre résistant à l'oxydation (1) ou pour éviter l'usure (2). J'aurais très bien pu recréer des stries neuves sur ces limes recuites avant de les retremper.

- Peut on rafraîchir les stries émoussées d'une lime (après avoir pratiqué un recuit éventuellement?
Ceux qui ont réalisé ce type d'opération nous le diront.
Difficile de croire que ce soit possible, car on voit mal refaire une arrête vive en donnant un coup de ciseau dans une strie à l'arrête émoussée. Mais à confirmer.

(1) L'acier au carbone frotté au brunissoir jusqu'au poli devient très résistant à l'oxydation grâce à la disparition des aspérités de sa surface.
(2) Les pivots en acier des mobiles d'horlogerie sont polis au brunissoir (métal ou pierre, saphir,..), pour éviter l'usure des paliers en laiton dans lesquels ils tournent.
 
vero
Compagnon
29 Janvier 2009
1 155
Valangin Suisse - Chicoutimi Canada
Limes

Bonjour à tous
Peut-on réaffuter une lime?

Dans les années 1970 - 80 une entreprise effectuait ce travail en Suisse. On lui confiait les limes à rafraichir et elle vous les rendait réaffutées. Son procédé était tout simple: elle trempait les limes dans de l'acide. Cela marchait assez bien mais la lime n'était pas neuve pour autant.
Ce procédé a été vite abandonné car pour le prix, il était plus avantageux d'acheter des limes neuves.
Evidemment je ne connais pas le genre d'acide utilisé mais un ou l'autre membre du forum pourrait peut-être essayer?
 
La dernière réponse à ce sujet date de plus de 6 mois
Haut