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Histoire des verriers au chalumeau

Discussion dans 'Divers' créé par Gérard 34, 20 Février 2015.

  1. Gérard 34

    Gérard 34 Ouvrier

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Bonjour tout le monde
    Je suis verrier au chalumeau et ma femme vitrailliste. Je fabrique aussi des maquettes en verre et j'ai expliqué la fabrication d'une 2CV en verre dans la rubrique modélisme et je propose de vous expliquer l'histoire des verriers au chalumeau car en plus de notre boulot, on est membre d'une association nationale qui s'apelle l'AFAV (Association Française pour l'Archéologie du Verre) et depuis 5 ans nous faisons des recherches sur ce sujet.
    Pour les gens, quand ils pensent souffleur de verre, automatiquement, ils pensent au souffleur à la canne (verrier à la main). Cette manière de travailler existe depuis très longtemps (3000 ans avant JC) mais il existe une autre sorte de verrier, le verrier au chalumeau ou verrier à la flamme que les gens ont moins l'habitude de voir (on doit être entre 15 et 20 en France). Le premier travail d'un verrier au chalumeau c'est faire du matériel de laboratoire puis de la sculpture de verre genre animaux fleur etc.....
    Ce métier existe depuis le 14éme siècle. Des écrits datant des années 1320 font état de fabrication de petits personnages ou de perles en verre soufflées. Les verriers s’appelaient alors émailleur à la lampe. Pour cela, ils utilisaient une lampe à huile dont la flamme était ravivée par l'air d'un soufflet qui se trouvait dessous la table. De cette période nous n'avons aucune image mais on sait que le soufflet était simple, donc tant que l'air arrivait sur la flamme l’émailleur pouvait travailler mais une fois l'air épuisé, la pièce devait être terminée. C'est pour cela qu'ils ne faisaient que de petites pièces.
    En 1528 un Italien Andrea Vidaore a perfectionné cette table en installant un soufflet à "deux âmes ou à vent perpétuel" et cette table à fonctionné jusqu’au début du 19éme siècle.
    On a eu la chance il y a 4 ans en allant faire une conférence sur les perles en verre à Langeac à coté du Puy en Velay qu'une personne nous offre une table d'émailleur.

    IMG_0628.JPG

    Cette table qui doit avoir entre 150 à 170 ans a été achetée, on pense d'occasion, par la grand mère de cette personne en 1914 quand son mari est parti à la guerre. Elle s'en servait pour souffler des fausses perles de culture en verre pour nourrir ses enfants et en 1918 quand son mari est rentré, la table a été remisée dans une grange et n'a été bougée jusqu'en 2010 ou je l'ai récupérée. Avec ma femme nous l'avons restauré (2 mois) on a fait fabriquer une lampe et nous avons pu la faire fonctionner au bout de 6 mois. Actuellement nous sommes les seuls à posséder une table d'émailleur en fonction en France.
    Voila le fonctionnement de la table
    Dessous la table se trouve le soufflet, actionné par deux pédales. Ce soufflet comprend dessus une réserve d'air qui fait que l'on a toujours une pression constante

    2.JPG

    L'air qui sort de la réserve et ensuite dirigé sous la table par une boite de dérivation en fer blanc qui la distribue aux différents postes de travail

    3.JPG

    il passe par un petit tube de verre qui s'appelle "souffli ou chalumeau" et est dirigé sur la flamme par un petit déflecteur en fer blanc

    4.JPG

    la flamme est ainsi ravivée par l’oxygène de l'air et le dard obtenu monte a des températures de l'ordre de 700 à 750°

    6.JPG

    il faut noté que quand j'ai le dard sur la flamme, je peux mettre le doigt contre le petit déflecteur qui dirige l'air sans me bruler, il doit se trouver entre 50 et 60°
    Il faut tirer notre chapeau a ces personnes qui ont inventé ça sans avoir tous les moyens actuels.
    Voila j'ai fini mon premier chapitre. Je vais réduire des photos des différentes réalisations faites par les émailleurs pour continuer mon petit exposé
    Gérard
     
  2. Le débutant

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  3. Filsderaphaël

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  4. patduf33

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Superbe outil de travail bien restaurer, et les explications qui vont avec :-D

    C'est une table à deux postes en plus :wink:

    Merci pour cette présentation

    Pat
     
  5. jms

    jms Modérateur

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Bonjour

    Un sujet passionnant 8-)

    Une de mes cousines, que je n'ai pas vue depuis des lustres, est verrier (verrière ?), elle travaillait dans une boite qui faisait des pièces pour les laboratoires.
     
  6. Case590

    Case590 Administrateur

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Bonjour,
    Merci pour ce partage de savoir faire :smt023
    et pour ce goût de le transmettre à tous ... et, qui sait, de susciter des vocations.
     
  7. Le débutant

    Le débutant Compagnon

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Bsr
    J'avoue que j'ai toujours admiré le travail du verre . Et je souhaite de tout cœur que ces métiers d'art perdurent
    Cordialement
     
  8. Gérard 34

    Gérard 34 Ouvrier

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Merci beaucoup, je suis content que ça vous intéresse. Pour l'instant je dois arranger les photos pour les faire passer sur le forum. Au sujet de la table, on a dénombré au moins 4 ou 5 métiers qui tournent autour.
    Alors si je ne réponds pas à certaines questions, c'est que la réponse sera dans la suite de l'exposé.
    Gérard
     
  9. Pinpain

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Bonjour,
    Merci pour ce reportage. Je vais suivre ce post avec intérêt
    (je suis ''verrier'' de métier). :wink:
     
  10. Gérard 34

    Gérard 34 Ouvrier

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  11. Pinpain

    Pinpain Apprenti

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Bonjour Gérard,
    Je travaille au service maintenance dans une entreprise qui produit du verre pour le bâtiment ( 1200 tonnes de capacité de production).
    Avant ça, je travaillais dans une usine de transformation du verre qui produisait notamment des lunettes et vitres de voiture.
     
  12. Gérard 34

    Gérard 34 Ouvrier

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Salut
    Avant de continuer mon exposé, il faut que je vous explique quelques particularités sur le verre. C'est pour mieux comprendre le travail des émailleurs.
    A la base le verre est constitué de trois éléments: la silice (ingrédient principal) de soude ou potasse (fondant qui rabaisse la température de la silice) et de chaux (liant).
    Le tout mélangé est porté a température de fusion, entre 1500 et 1550°.
    Quand un matériau (fonte, acier, etc....) se trouve en fusion, la structure moléculaire change pour lui permettre de devenir liquide et en refroidissant les molécules reprennent leurs places initiales. Ce n'est pas le cas de la silice.
    Dans le verre, la silice qui constitue le principal ingrédient du verre, fond a "basse température" grâce à la soude ou la potasse (obtenue avec des cendres de bois ou de végétaux). Cela s'apelle des fondants. Plus le taux de fondants est important, plus le verre va fondre à basse température (entre 550°et 800°). Normalement au refroidissement, les matériaux devraient reprendre leur structure moléculaire d'origine sauf que pour la silice, cela ne se fait pas et donc on se sert de la chaux pour servir de liant et maintenir la nouvelle matière en état. Cela fait que le verre est un matériau instable, on dit "amorphe". Il se situe entre le liquide et le solide. Si vous prenez une baguette de verre de 50cm et d'un diamètre constant sur sa longueur, que vous suspendez cette baguette pendant une bonne centaine d'année, le diamètre de la base aura augmenté alors que celui du haut aura diminué comme une goutte. Le verre aura coulé.
    Il faut aussi penser que le verre est un isolant.
    Pour les verriers au chalumeau; on utilise deux sortes de verre le borosilicate pour les fileurs de verre et le sodocalcique pour les perliers.
    Le borosilicate et un verre moderne où la soude a été remplacée par du bore ce qui donne au verre plusieurs qualités: dilatation peu importante et résistance aux tensions énorme, état en fusion pâteuse. Inconvénient, température de fusion très haute 1300°. Une fois la pièce finie, suivant son mode de fabrication, on peut la laisser directement refroidir ou lui faire un léger recuit. Pour cela on réduit la flamme du chalumeau pour arriver à une température de 550°(point Quartz) qui est la température où le verre a pratiquement fini de se rétracter. Comme je l'ai cité plus haut, le verre étant un isolant, les transferts de température se font très mal à l'intérieur, donc on maintient la température extérieure avant que le verre se fige pour permettre à l’intérieur de descendre à cette température. Après la résistance aux tensions fait le reste. Le sodocalcique qui est un verre très chargé en soude, fond a des températures plus basses 750°. Il est plus facile à travailler que le boro mais demande plus de contraintes, petites pièces, obligation de préchauffage, recuit minimum 8h dans un four et viscosité trop importante.Le verre utilisé par les émailleurs contenait du plomb en grande quantité par rapport à la soude (entre 29 et30%) ce qui lui donne une température de fusion se situant entre 560° et 680° suivant les baguettes de verre. Il se situe plus du coté de l'émail que du verre d’où le nom d'émailleur à la lampe.
    J'ai la chance de posséder un petit stock de verre datant suivant nos estimations entre 1850 et 1900 que je garde précieusement et qui me permet de faire mes essais. Quand je travaille ce verre je suis obligé de me servir d'une sonde thermique pour connaitre la température exacte de fusion étant donné que chaque baguette n'a pas le même mélange et que la température de fusion change.
    Voila j'ai fini la séquence technique mais c'est pour mieux comprendre la suite
    Gérard
     
  13. eric.lartiste

    eric.lartiste Compagnon

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  14. Le débutant

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Bonjour
    ...et moi de même ! ...et dire que l'on manipule du verre tout les jours et on connait rien sur lui, ou à peu prés rien ! ...Ce doit être infime ce "coulage" sinon les vieilles vitres, les vieux miroirs ou les vitraux seraient "dans les chaussettes" ? :mrgreen:
    Cordialement
     
  15. Gérard 34

    Gérard 34 Ouvrier

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    Histoire des verriers au chalumeau
    Maintenant que j'ai fini mon cour technique (attention il y aura une interro écrite !!! :smt003 :smt003 :smt003) je vais passer à l'introduction de la table en France
    Andrea Vidaore, qui a "réinventé" la table était Vénitien. A cette époque, les verriers avaient été transférés sur l'ile de Murano pour des raisons de sécurité, a cause des dangers d'incendie. Pour les fours, ils utilisaient du bois et le risque d'incendie était grand dans une période ou beaucoup de maisons étaient en bois. Seulement les verriers, isolés sur l'ile, étaient contrôlés et ne pouvaient quitter l'ile pour partir exercer leur métier ailleurs, ce qui permettait à Venise de garder son monopole sur le verre.
    Si un verrier partait, sa famille était aussitôt transférée en prison. Dans le cas ou le verrier persistait, elle était exécutée et ensuite la république envoyait un "sicaire" (tueur à gage) pour exécuter le verrier.
    Ce que les gens ignorent, c'est qu'une autre ville Altare qui se trouve du coté de Génes était concurrente de Venise et dont les verriers étaient formés à la même école que les verriers de Venise.

    7.jpg
    Altare se situe vers le grand rectangle

    Ces verriers étaient regroupés en corporation dirigée par les "Magnifiques Consuls" et qui moyennant une redevance, permettaient au verrier d'aller exercer leur métier hors des frontières d'Italie.
    Altare se trouvait dans le duché de Mantoue appartenant au Duc de Gonzague. En 1565 lors du mariage du Duc de Gonzague avec Henriette de Cléves fille du Duc de Nevers, celui ci amena avec sa suite pour s'installer à Nevers des verriers souffleurs à la canne et aussi des émailleurs avec leur table. Ces verriers s’installèrent tous le long de la Loire qui leur servait pour écouler leur marchandise. Les souffleur installèrent des verreries produisant le verre nécessaire aux émailleurs. Ainsi s'installa dans la région d’Orléans jusqu'à Saumur toute une industrie tournée vers le verre mais qui ne profitait pas aux personnes de la région. En effet, fidèle à leur engagement, les verriers Altariste faisaient venir du personnel d'Altare quand ils avaient besoin de main d’œuvre. En plus des frictions se produisaient entre verriers Français qui étaient de petite noblesse mais avec beaucoup d'avantage et les verriers Altariste qui eux étaient considérés comme simple verriers. Devant ces tensions, Henri IV décida de naturaliser les verriers Altariste et de franciser leur nom. de cette manière un des verrier renommé Bernardo Peroto devint Bernard Perot.
    A partir de ce moment là, les émailleurs commencèrent à former des Français et le travail à la table se répandit.
    On a dénombré plusieurs régions où on a retrouvé la table. D'abord le long de la Loire, du coté de Lyon, à Paris, vers la Bretagne et la Normandie et ensuite du coté du Puy en Velay
    Demain je vous expliquerez la fabrication d'une figurine dite de Nevers
    Gérard
     
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  1. lolomoto31
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